«Il n’est pas normal qu’il n’y ait pas d’hôteliers dans le groupe de travail», note d’emblée Claudio Casanova, vice-président d’hotelleriesuisse. «On préfère donner la parole à des observateurs plutôt qu’à des acteurs.» François Seppey, chef du Service cantonal de l’économie et du tourisme à l’Etat du Valais, répond en rappelant que la commission extraparlementaire présidée par Fernand Nanchen avait dans ses rangs trois représentants de l’hôtellerie (notamment Armand Bestenheider de Crans-Montana). Et de préciser que «ce groupe de travail n’a pas pour mission de rédiger la nouvelle loi, mais uniquement d’accompagner le Département de l’économie et du territoire dans la préparation de la loi.»

A la question de savoir quelles mesures il faudrait prendre pour favoriser les lits hôteliers par rapport aux lits «froids» des résidences secondaires, les deux hommes répondent à tour de rôle:

Claudio Casanova: Il faut bien garder à l’esprit qu’un hôtel, en station, est ouvert six, sept voire huit mois par année et que, dans ce contexte, il faudrait introduire au niveau communal une taxation qui tienne compte de l’utilisation des résidences secondaires. Je suis conscient que l’introduction dune taxe d’inoccupation serait inconstitutionnelle, mais nous aimerions quand même recevoir un signe, clair si possible, de soutien envers l’hôtellerie. L’effet induit d’un lit hôtelier, dans une station telle que Crans-Montana, est en effet neuf fois supérieur à celui d’un lit «froid». Il faut en tenir compte dans la nouvelle loi.

François Seppey: Tout d’abord, plutôt que de lits «froids» ou de lits «chauds», je préfère les termes de lits «marchands» ou «non marchands». Ensuite, je relèverais que le rôle de l’Etat n’est pas d’intervenir dans le marché en tant que tel, mais plutôt d’agir sur les conditions cadres. De quelle manière? En professionnalisant les structures, en regroupant les forces, mais aussi en préconisant des mesures d’aménagement du territoire. Tout cela doit contribuer à favoriser les lits hôteliers dont nous sommes conscients qu’ils offrent des retombées économiques supérieures à celle d’un lit d’une résidence secondaire qui ne sera occupé que deux semaines par année.

Comment procéder afin que les résidences secondaires paient à l’avenir une taxe supérieure au forfait actuel, demande Laurent Missbauer.

François Seppey: Ce qui ressort de la consultation, c’est de taxer l’objet immobilier sur sa valeur cadastrale et de jouer ensuite sur le taux. Cette mesure permet d’éviter de payer une taxe inférieure à celle actuellement en vigueur, ce qui n’est pas le but de la nouvelle loi.

Claudio Casanova: La proposition de l’Association hôtelière du Valais est claire à ce sujet. La taxe proposée dans l’avant-projet doit être doublée. Nous sommes aussi favorables à une imposition par mètre carré de surface habitable et non pas au nombre de pièces.

Un impôt cantonal perçu, comme le prévoit l’avant projet, sur la base du chiffre d’affaires de toutes les entreprises bénéficiant de façon directe ou indirecte du tourisme ne risque-t-il pas d’être un impôt supplémentaire pénalisant les entreprises qui effectuent des travaux en dehors du canton du Valais?

Claudio Casanova: Ce risque existe et je serais ainsi favorable à diviser par trois la base de calcul qui est proposée dans l’avant-projet. '' François Seppey:'' Il importe de relativiser les choses, le problème n’est pas là. C’est dans l’articulation de l’imposition au sens large qu’il faut agir. On pourrait l’introduire de façon fiscalement neutre, c’est-à-dire en diminuant d’autres impôts. Passablement de personnes consultées lors de l’avant-projet sont d’ailleurs favorables à cette solution.

Est-il nécessaire de garder une taxe de séjour?

Claudio Casanova: Si une taxe touristique voit le jour a niveau cantonal, on peut la supprimer à deux conditions. La première est que le nouvel impôt remplace toutes les taxes existantes. La seconde est que le volume qui reviendrait au tourisme doit obligatoirement être proportionnel à celui de l’encaissement. Il ne devrait être en aucun cas inférieur au montant perçu aujourd’hui.

François Seppey: Il n’est pas nécessaire de garder une taxe de séjour car l’avant-projet propose de la supprimer. Mais si on veut la garder, il faut la réformer car le système actuel d’encaissement n’est pas rationnel avec tous les problèmes liés non seulement aux frais administratifs, mais également au coulage et à la parahôtellerie.

Interview complète dans le Cahier français d’Hôtel+Tourisme Revue N. 48, 30 novembre 2006. www.htr.ch