Vous réagissez à l’affirmation de Me Viscolo qui disait lors du débat sur Canal 9 que le libéralisme doit aussi être appliqué à la gestion du sol...

Oui, c’est d’ailleurs ce qu’affirme aussi à Verbier André Guinnard. Il me semble important de rappeler que le sol n'est pas un bien renouvelable. On ne peut pas le traiter comme un autre bien. Il y a donc un sens à vouloir en gérer l'utilisation, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. On peut citer de nombreux exemples d'endroits où décideurs et habitants se mordent les doigts de ne pas l'avoir fait: de nombreux propriétaires fortunés ont par exemple quitté Marbella, pour aller dans des endroits qui n'avaient pas ruiné leur territoire. Certaines régions ont dû prendre des mesures draconiennes pour corriger le tir, comme cette station espagnole qui a carrément détruit des quartiers entiers pour les reconstruire intelligemment. En parlant de libéralisme, il ne faut pas oublier que plus les gens ont de l'argent, plus ils sont mobiles: ils ne sont pas à un appartement près... Ils quitteront Crans-Montana très facilement si l'endroit ne leur convient plus. Et, si ça devient une «épidémie», ça peut aller très vite. Je suis convaincu qu’un marché du sol et un urbanisme mal gérés conduisent à la mort de la station. C'est ce qu'on appelle une "market failure", car il arrive aussi au marché de se tromper.

L’argument mis en avant par les défenseurs de l’introduction d’une réglementation de la construction à Crans-Montana est qu’il faut s’agit aujourd’hui d’assurer l’avenir et surtout celui de nos enfants. Cela vous convainc?

Absolument! Crans-Montana est une station en fin de cycle. Il faut donc prendre des mesures pour la renouveler, la revitaliser. Comme l'a bien dit Fernand Nanchen, cela nécessite un "train" de mesures. Comme wagons il y a déjà eu par exemple la fusion des Offices du tourisme et celle des remontées mécaniques, les mesures prises pour gérer la circulation. Il en faut d'autres qui concernent l’urbanisme, la gouvernance, les investissements stratégiques, le positionnement et le marketing territorial au sens large. En mars on votera sur deux wagons. Les autres suivront. Crans-Montana deviendra alors véritablement une station (dans le sens d'une entreprise touristique) et sera apte à se défendre sur le marché mondial, très compétitif. Actuellement, elle n'est plus assez compétitive, sauf au niveau de la spéculation immobilière.

Faut-il voter aujourd’hui en se disant qu’il sera temps, ensuite, de régler les détails?

Ce qui compte dans le RQC, c'est d'accepter (ou non) le principe de donner aux collectivités publiques le droit de gérer leur territoire de manière intelligente. Je pense que le principe des quotas et contingents est bon, c'est ce qui est important. Quant aux chiffres, ce sera facile de les modifier si nécessaire en fonction de ce que l’usage démontrera. Alors oui, votons aujourd’hui le principe et nous ferons les réglages fins plus tard.  Il vaut toujours mieux prendre soi-même des mesures avant que d’autres ne viennent nous imposer leur "diktat". C'est plus libéral ...

Quel est l’enjeu d'importance pour Crans-Montana aujourd’hui?

Un enjeu fondamental pour le fonctionnement de la station est d'en augmenter la population permanente, sinon on se retrouvera dans la même situation qu'Aminona: à la fois trop petite (pour fonctionner) et trop grande (pour être fermée durant l'entre-saison). Pour bien fonctionner, pour attirer des touristes en quête de lieux vivants (qu’ils soient logés dans des résidences secondaires ou de passage), la station a besoin d'habitants.


Les opposants sont nombreux à brandir la crainte de la perte d’emplois, notamment dans le secteur de la construction. Qu’en pensez-vous?

Je connais des entreprises tessinoises de la construction qui obtiennent des mandats dans des stations valaisannes et vaudoises. Avec un niveau de salaires plus élevé au Tessin qu'en Valais, les transports et les défraiements supplémentaires, ces entreprises parvienne à être compétitives (prix, qualité, délais, service) par rapport à celles de la région de Crans-Montana. Les entreprises des six communes n'ont rien à craindre des quotas... à condition qu’elles deviennent plus compétitives par rapport aux entreprises extérieures. Et si elles sont compétitives, elles pourront elles aussi aller chercher du travail ailleurs. Evidemment, ce sera moins «confortable» que maintenant. En résumé, si vous êtes bons, vous n'avez rien à craindre.

Le moratoire sur la construction de résidences secondaires d'abord, maintenant ce règlement qui introduit un quota et un contingentement, ne risque-t-on pas de faire fuir les investisseurs potentiels?

J'ai parlé l'autre jour avec l’un d’entre eux qui s’intéresse particulièrement à investir dans un grand projet à Crans-Montana. Il m'a dit qu'il espérait que le RQC allait être accepté, car sinon la station perdrait en attractivité ce qui ne serait pas bon pour son projet... Les gens du business incluent ce genre de chose dans leurs réflexions. Les investisseurs, justement, sont très attentifs à la manière dont une station est gérée. Ces mesures donnent au contraire l’image positive d’une région qui gère et planifie son développement sur le long terme. Dans ces conditions cela vaut la peine d'y investir dans de grands projets de développement.

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