Pascal Praplan nous emmène à la cave
Par Danielle, lundi 5 février 2007 à 18:55 :: Culture :: #152 :: rss
Le Valaisan Pascal Praplan vient de sortir un roman coup de poing, aux éditions Belfond. Une histoire dure entre une mère et sa fille, qui nous entraîne dans les noires profondeurs de l’âme humaine. Nathalie Getz est allée à la rencontre de l'auteur originaire d'Icogne. Un article à lire ce mardi 6 février dans Sixième Dimension, et ci-après.
Un seul mot pour le titre de son livre. Solitaire. Direct. Sec. D’emblée, Pascal Praplan annonce la couleur. Et elle est sombre. Parce que cette cave-là n’a rien à voir avec les promesses de plaisirs partagés autour d’un bon verre de vin. Non. Cette cave, enfouie dans les entrailles de la maison où vivent ensemble S., proche de la quarantaine, et sa mère, représente la clé de la liberté. Une liberté fébrilement désirée par la fille qui étouffe dans les filets de sa mère.
Le quotidien des deux femmes est figé dans des habitudes qui les emprisonnent dans un tissu gris et monotone. S. n’en peux plus. Elle veut vivre enfin pour elle, remettre des couleurs dans son existence, explorer le plaisir… Mais comment s’extirper du contrôle de sa mère?
Elle imagine alors un plan machiavélique. Au fil des jours, elle apprend à tenir tête à sa mère. Les deux femmes se guettent du coin de l’œil. Leurs échanges, rares, fusent tels des coups savamment placés pour toucher là où ça fait mal. Leur relation est une partie d’échecs. Qui dominera l’autre?
«Cave» nous entraîne dans un univers oppressant. Dès les premières lignes, on pressent l’impasse d’une relation impossible. En voulant sa liberté, S. va se retrouver prise à son propre piège.
Parler des petites gens
«J’ai de la peine à écrire des histoires roses», confie l’auteur, Pascal Praplan. Journaliste indépendant, originaire d’Icogne (la commune la plus à l'ouest de Crans-Montana) où il a passé les 18 premières années de sa vie avant de s’en aller parcourir le monde, il vit aujourd’hui à Ayent. Depuis toujours, il aime écrire.
Ce qui l’intéresse, c’est parler des petites gens dans leur quotidien. De la difficulté de vivre ensemble. «La mère de S. est persuadée de bien faire. On rencontre souvent des parents qui pensent faire au mieux et qui, en réalité, font tout de travers. L’éducation est un processus d’aliénation terrifiant. Poser un cadre est nécessaire. Mais ne coupons-nous pas ainsi en même temps les ailes de nos enfants?»
Avant-dernier d’une famille de neuf enfants, l’écrivain estime avoir eu une enfance assez sévère mais heureuse. Mais comment donc une telle histoire a-t-elle pris forme dans son esprit? «On n’écrit que sur soi-même. Même si on fait des efforts d’imagination pour se distancier de son histoire, la manière de le faire est, elle aussi, propre à chacun de nous».
La rédaction de son roman a été un long processus: «Je l’ai réécrit trois fois». Fin 2005, il envoie le manuscrit à plusieurs maisons d’édition parisiennes. Il reçoit en retour les habituelles lettres de refus. Jusqu’à ce courrier positif des éditions Belfond. Une surprise inattendue: «C’est ébouriffant! Jusqu’au bout, j’ai eu de la peine à y croire». Aujourd’hui, l’histoire de «Cave» lui semble lointaine. «Mon livre ne m’appartient plus. A chaque lecteur de se l’approprier». A faire de toute urgence.
Par Nathalie Getz
Cave, de Pascal Praplan, Editions Belfond
(ISBN2-7144-4280-3)
Vous pouvez télécharger la version pdf de l'édition de février de Sixième Dimension depuis le site du journal
(Mise à jour) Lisez aussi le texte d'Alain Bagnoud sur le livre de Pascal Praplan, c'est ici
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