La Grande commune comportait quatre sections ou quartiers: Icogne, Lens, Chermignon, Montana, assez clairement délimitées. En amont, Crans aujourd’hui, s’étendaient des territoires mixtes, c’est-à-dire pas attribués à l’une ou l’autre section.

La situation était identique en aval, avec des villages situés en zone mixte. Chermignon d’en bas était une sorte de consortage privé, indépendant de toute section.

Chaque quartier avait son propre conseil: cinq membres à Lens, quatre à Chermignon, deux à Montana et deux à Icogne.

A partir de la constitution de 1802, la grande commune dut se doter d’un président, qui réunissait les conseillers pour le traitement des objets communs, ces mêmes conseillers siégeant dans leur quartier pour les questions locales.

Le quartier avait son propre règlement de police et gérait en propre les biens bourgeoisiaux. Il établissait son budget annuel et percevait l’impôt. Il nommait les employés subalternes et fournissait le matériel scolaire. Il entretenait les routes, les bassins, le matériel d’incendie.

La situation était assez confuse, puisque l’Etat s’adressait parfois à la Grande commune et d’autres fois directement aux quartiers.

Le Conseil de la Grande commune s’occupait de la gestion des biens communs, délivrait les actes d’origine, etc.

Lors du recensement de 1888, la Grande Commune comptait 2249 habitants, dont 992 à Lens, 609 à Chermignon, 360 à Montana et 228 à Icogne. Il n’y avait pas d’habitants dans les territoires mixtes.

Une fête importante de l’époque, la Saint Pierre, réunissait à Lens les détachements de soldats de toutes les sections. 


Vers la séparation des sections: les premières tentatives

C’est la gestion des terrains mixtes qui amena progressivement les quartiers à vouloir s’ériger en communes indépendantes.

Le 29 juin 1843, les citoyens d’Icogne lancèrent une pétition pour que soit mis au net le litige de la Vèreillaz, une zone sise du côté sud du Mont de Lens.

En 1846, un litige survint avec Montana au sujet de la forêt du Zan.

Le 4 juillet 1846, Icogne saisit le Département de l’Intérieur de toute la question.

Le 10 avril 1847, les communiers demandèrent à Icogne de déterminer la part qui devrait lui revenir. Icogne réclama le sixième.

Le 3 mars 1847, une nouvelle plainte fut déposée par Icogne qui se sentait lésée dans la répartition des charges faites par le Conseil Mixte.

Le 4 juillet 1847 tous les grands communiers furent convoqués lors d’un scrutin qui devait se déterminer sur la pétition d’Icogne. Le partage fut accepté à l’unanimité à Icogne, mais refusé à 68 contre 11 à Lens et à l’unanimité à Chermignon et Montana. C’est essentiellement le partage des terrains mixtes qui empêcha à cette époque la séparation des quartiers.

Icogne essaya sans succès la voie juridique, arguant que personne n’était tenu de vivre dans l’indivision.

En 1851, une nouvelle loi imposa la distinction juridique entre la commune et la bourgeoisie. L’état lui-même voulait être au clair. L’État reconnut, suite à une proposition du président de Lens, Théophile Bonvin, la commune de Lens commue unique interlocuteur. Il n’y eut dès lors plus qu’une seule administration communale, à Lens. Le Grand Conseil approuva ce point de vue par un décret. Les quartiers devinrent dès lors des sections, avec un régime proche de celui des cibles. Il n’y a pas trace de vote populaire à propos de cette décision capitale.

En 1863, Montana se détacha de Lens au plan religieux. Les occasions de rencontre disparaissant, l’esprit de sécession ne put que croître au fil du temps.

En 1867, une pétition demanda à l’État la séparation politique. Montana luttera pendant 5 ans pour l’obtenir.

Une votation populaire eut lieu en 1873, mais il n’y a pas d’indication précise à ce sujet.

La séparation se précise

En 1890, Montana, par 88 citoyens, demanda la séparation des communes, car elle trouvait que dans une si grande commune les intérêts des uns et des autres ne pouvaient plus être sauvegardés. Les assemblées primaires des autres sections se prononcèrent contre cette séparation.

Le 3 mai 1891, c’est Chermignon qui demanda à son tour la séparation: «Les grandes difficultés se soulèvent dans la répartition des travaux publics sur le terrain mixte de la commune, dans les impositions et même dans la répartition proportionnelle des employés et des autorités municipales. Eu égard à la position topographique et à l’étendue de la commune, les intérêts sont trop divers et quelquefois opposés pour pouvoir facilement les concilier et répondre équitablement aux besoins de chacune des communes…

Curieusement une pétition allant dans le même sens fut déposée par Icogne le même jour. 

Comme Chermignon ne semblait pas prise au sérieux par le Conseil d’État, une nouvelle pétition fut lancée en 1892.

Le Conseil d’État nomma alors une commission qui proposa d’accepter la demande de Montana et celle de Chermignon sous réserve d’un vote de la section. Pourtant, le Conseil d’État n’accepta pas cette proposition, pas même pour Montana. Finalement, le 20 mai 1892, le Grand Conseil repoussa la demande de Montana.

Les choses se calmèrent durant quelques années, apparemment du moins.

En 1896, une nouvelle pétition fut lancée à Lens à l’encontre des sections. On leur reprochait de se gérer comme des communes alors qu’il n’y avait plus qu’une seule commune depuis le décret de 1851, celle de Lens. L’État tardant à réagir, une nouvelle pétition fut lancée trois mois plus tard. Le 15 novembre eut lieu à Lens une rencontre entre le délégué de l’État, M. de Torrenté, et les conseils des quatre sections.

Ces rencontres n’aboutirent à rien. Le Conseil d’État dut à nouveau demander l’avis de la Grande Commune. Tout tournait alors autour de ce fameux décret de 1851, dont les sections de Chermignon, Montana et Icogne contestaient le bien-fondé.

En 1897, le Conseil d’État tenta une nouvelle conciliation, qui échoua sur presque tout à part la délimitation exacte du Grand Commun. Les trois sections dissidentes s’accordèrent pour déposer une nouvelle pétition en date du 14 mai 1897. L’argument principal était que les sections s’étaient toujours administrées comme des communes libres.

Epilogue... provisoire?

Le Conseil d’État nomma une nouvelle commission, qui semble avoir eu quelque peine à se mettre au travail.

En 1898, deux pétitions partirent à nouveau d’Icogne et de Chermignon. La Commission put enfin se mettre au travail et elle le fit avec un soin remarquable. Elle étudia les archives des sections et leurs usages politiques. Elle vérifia les comptes et les inventaires des quartiers.

Dans le courant 1899, les sections durent remplir un questionnaire dans lequel elles exprimaient leur pensée sur la fusion et la séparation. Le 18 octobre 1899 eut lieu la votation populaire à laquelle les citoyens devaient répondre à trois questions:
 

  1. Voulez-vous le maintien des quatre sections en application du régime fixé par la décision du 4 juin 1851 ?
  2. Voulez-vous le partage de la Commune de Lens  et l’érection de votre section en commune indépendante ?
  3. Voulez-vous que Lens soit partagé pour former plusieurs communes indépendantes ?

Lens répondit oui à la première question à 186 voix contre 3. Les autres sections s’y opposèrent à l’unanimité. Le résultat fut bien sûr inverse pour les deux autres questions. La commission remit son avis le 27 août 1900. Le fameux décret de 1851 fut reconnu comme sans valeur légale. L’avis des sections était donc connu, mais la décision finale incombait au Grand Conseil. Celui-ci, non sans avoir envisagé d’autres solutions, décréta le partage de la commune de Lens le 28 novembre 1901. Il le fit à l’unanimité.

Une nouvelle commission fut nommée afin de procéder au partage des biens et territoires. Les problèmes furent épineux pour les terrains mixtes, attribués au prorata de la population. Elle alloua des parts à chaque commune, qui put par la suite faire part de ses doléances. Par exemple, Lens revendiquait le secteur de l’hôtel du Parc. Chermignon obtint Chermignon d’en bas et un territoire un peu plus grand en direction de Valençon. Icogne se plaignit que les terrains d’altitude qu’elle recevait lui coûtaient très cher pour peu de rapport. D’autres problèmes épineux furent à régler à cause des doubles bourgeois.

Finalement, le décret fut approuvé définitivement le 27 octobre 1904 avec entrée en vigueur au 1er janvier 1905.

Six années s’écoulèrent encore à palabrer pour la répartition des biens communs.  Aujourd’hui encore, il reste une propriété indivise entre Lens, Chermignon et Icogne: la forêt des trois sections, sur les berges de la Lienne.

 

Un texte rédigé par Jean-Claude Savoy, conseiller communal à Chermignon, à l'occasion de la Journée des aînés de la commune. L'auteur s'est inspiré de l’excellent ouvrage du Père Adrien Praplan, paru en 1947 "Ancien Lens: des sections aux communes", réédité en 1997 par les Éditions à la Carte Imprimerie Calligraphy Sierre - ISBN 2-88464-001-0