Comme d’autres avant lui – notamment Isabelle Evéquoz Farine et Ambroise Bonvin dans l’ouvrage collectif Un siècle de tourisme à Crans-Montana* - Marco Graber souligne la typicité architecturale du milieu du siècle passé et en parle en termes de richesses, alors que beaucoup aujourd’hui n’aiment pas beaucoup ces bâtiments modernes. «Cela donne une identité forte à Crans-Montana», note l’architecte qui s’aperçoit bien que, en Suisse alémanique notamment, on veut voir à la montagne des chalets «à la Heidi». «Les gens, notamment ceux qui viennent des villes en vacances à la montagne, recherchent une atmosphère romantique...»

Développement incohérent

Marco Graber a lu en détail le Règlement intercommunal des constructions, au moment de construire sa propre résidence secondaire voilà trois ans. Selon lui, l’architecture actuelle des chalets kitch dont le look est importé de la Forêt Noire est en contradiction avec la tradition culturelle du Valais. Il rappelle que l’architecture est sensée construire le paysage, donner une identité au lieu tout en se basant sur l’histoire, la culturelle, mais en y apportant la touche de l’époque actuelle. «Ce qui s’est fait ces dernières années à Crans-Montana n’est pas cohérent, il y a là un mélange catastrophique de mon point de vue.» Comprenez bien: il ne s’agit pas de rester figé sur une image passée de l’architecture, mais de faire évoluer ce passé, de l’enrichir avec les techniques d’aujourd’hui. Dans les années 1950-60, les bâtisseurs créaient une ville à la montagne, cette idée forte a été perdue, constate Marco Graber. Il constate que, bien souvent, les commissions de constructions ne compte pas d'architectes dans leurs rangs.

Lisant le paysage architecturale de Crans-Montana, il cite en exemple la Tour de Supercrans (photo n. 1), un repère qui se voit de Martigny à Viège. Le bâtiment, construit en léger arc de cercle, donne l’impression à celui qui y habite qu’il est le seul à voir les Alpes. Un bâtiment magnifique dans sa conception, note Marco Graber.


Exercices sur le terrain

La différence d’appréciation de lecture du paysage entre architectes et les gens qui vivent et viennent en vacances interpelle Marco Graber. «Avec la Fédération suisse des architectes, nous allons dans les écoles pour sensibiliser les jeunes aux questions liées à l’urbanisme, pour leur apprendre à lire le paysage, les espaces publiques.» Avec son associé Thomas Pulver, Marco Graber travaille durant deux ans avec des étudiants en architecture, puisqu’il est professeur invité à l’Ecole polytechnique de Zurich. C’est dans ce cadre-là qu’il est venu avec ses étudiants à Crans-Montana. Un travail qui a duré un semestre et qui est aujourd’hui terminé. Certains étudiants ont donné des choses intéressantes, d’autres un peu moins. «La qualité des projets est variable étant donné qu’il y avait beaucoup d’étudiants inexpérimentés dans notre classe», mais certaines idées sont intéressantes.


Objet du travail pour les jeunes qui ont entre 23 et 25 ans: réaliser un projet architectural pour le secteur à l’arrivée du funiculaire SMC. Tout a commencé par une visite sur place. A fin octobre 2006, la trentaine d’étudiants et leurs professeurs ont commencé par découvrir l’hôtel Bellalui où ils ont logé (un monument historique témoin de l’époque Bauhaus), puis ils ont visité la tour Supercrans avec l’architecte Gilbert Strobino, l’immeuble Les Mischabels que Marco Graber qualifie d’extraordinaire: «il y a tellement de richesses là-dedans!» La visite les a conduit à Hérémence pour admirer l’église construite par Walter Förderer (photo N. 2), exemple selon Marco Graber, de ce que peut faire l’architecture contemporaine pour dialoguer avec son environnement.

Une gare, un hôtel, un lieu de loisirs...

A Crans-Montana, l’arrivée du funiculaire représente une des portes d’entrée de la station. Un espace qui n’est pas vraiment dans le cœur de cette ville à la montagne, qui n’est pas non plus en pleine nature. Les contraintes imposées? Inclure la gare d’arrivée du funiculaire, prévoir un espace d’hébergement (soit un hôtel, des appartements, des logement pour la jeunesse), un espace de loisirs et de rencontre, cinéma ou bibliothèque, un lieu d’activités sportives comme un fitness). La ligne du funiculaire était prise comme axe vertical, un «ascenseur» que l’on emprunte pour monter en 12 minutes depuis Sierre; l’axe horizontale était la route Crans-Montana-Aminona à laquelle le projet architectural devait être connecté. En fait les étudiants pouvaient avoir l’imagination très large...

A la fin du semestre, les étudiants ont exposé leurs travaux à l’EPFZ, sous l’œil critique de leurs professeurs. Que faire aujourd’hui de ces travaux? Exposer ceux qui sont le plus parlant à Crans-Montana? Pourquoi pas. En tous cas, pour Marco Graber, si ces projets flirtent de près ou de loin avec l’utopie, «ils sont des essais indispensables pour penser cet espace.»

 

*(voir l’article qui y avait été consacré, en page 4 du journal Sixième Dimension à télécharger au format pdf). Ouvrage collectif édité sous la responsabilité de Sylvie Doriot Galofaro, éditions Porte-Plumes, Ayer, 2005

 
A découvrir en images... Qu'en pensez-vous?

Voici des images des projets les plus intéressants réalisés par les étudiants en architectures.