Lors de l’assemblée générale de Crans-Montana Tourisme, le président des hôteliers de la station relevait l’effet négatif des prévisions erronées. Pour Alain Duc, il s’agit d’un problème qu’il faut tenter de corriger. C’est justement dans cet esprit que l’Institut Economie & Tourisme de la HES-SO Valais mène en ce moment un enquête, notamment en se basant sur les données relevées à Crans-Montana. "Nous transmettons les données quotidiennes de la fréquentation du domaine skiable de même que la météo enregistrée aux différentes altitudes", indique Michaël Gaberthuel à CMA.  A Sierre, c’est le spécialiste en météorologie Marut Doctor qui est chargé de cette étude. Il travaille sur les données transmises par Crans-Montana donc, mais aussi celles de Verbier, Champéry-Morgins, Lötschental-Lauchernalp, Blatten-Belalp. Au terme de son analyse, il pourra dire si le sentiment de nombreux prestataires touristiques se confirme: les prévisions météo pour le Valais ne sont pas toujours fiables et dissuadent les skieurs de prendre la direction des stations, alors que les conditions météo sont réellement bonnes, contrairement à ce qui avait été annoncé au TJ ou dans le Nouvelliste.

Le Valais bénéficie d’un microclimat qui joue des tours aux météorologues à qui l’on demande de prévoir toujours plus à l’avance le temps qu’il fera. Cette difficulté est encore plus grande en mars et en avril.. La courbe de la fréquentation des pistes peut monter ou descendre, au gré des prévisions météo. A plusieurs reprises depuis janvier, les skieurs ont boudé les pistes alors que le temps était tout à fait agréable.

Marut Doctor a travaillé pour Météonews à Lausanne comme météorologue, puis à l'Institut Universitaire Kurt Bösch à Sion/Bramois dans le cadre d'études sur les changements climatiques. Il est donc particulièrement à même de mener cette enquête. Il consigne scrupuleusement les prévisions de Météonews et Météosuisse sur 3 et 2 jours, les confrontant ensuite au temps réel qu'il fait.

"Nous avons aussi procédé à des sondages dans les stations. Des étudiants sont allés interroger des skieurs dans les files d'attente, aux caisses, dans les restaurants d'altitude... Au total, environ 350 personnes ont répondu". Ces sondages montrent aussi l’importance  de la manière dont est communiquée l’information. Par exemple, si certains skieurs voient un pictogramme où est dessiné un soleil à demi masqué par un nuage d’où coulent deux gouttes d'eau, ils décideront de ne pas aller skier, alors que s'ils avaient vu un flocon à la place de la goutte de pluie, ils auraient pris leur lattes. Les skieurs sont particulièrement sensibles aux informations liées aux conditions de neige.

Une fois l'étude terminée, celles-ci sera remise aux remontées mécaniques et la HES-SO qui l'ont financée. Si les mandataires le veulent bien, ces résultats pourraient être communiqués à Valais Tourisme et à l'Etat du Valais, indique Marie-Françoise Perruchoud-Massy, responsable de l'Institut Economie & Tourisme. "Ces instances pourraient s'approcher de Météosuisse et Météonews pour leur demander d’affiner leurs prévisions", imagine-t-elle. Marut Doctor ajoute qu’il faut aussi leur donner les moyens pour pouvoir établir des prévisions du temps plus locales. Il pense par exemple à des modèles météorologiques locaux plus performants (comme celui utilisé lors des JO à Albertville en 1992) ou à un plus grand nombre de stations de mesures en Valais.

Notons au passage que la télévision locale Canal 9 avec Robert Bolognesi (Météorisk) donne un bulletin ciblé sur le Valais romand, diffusé chaque soir de la semaine. Mais la zone de réception de Canal 9 est limitée géographiquement au Valais romand.

Les résultats de cette étude sont très attendus. Car, si on suppose que 50 clients décident de ne pas aller skier à cause d'un météo qui s'écarte de la réalité et que cela se produise à 10 reprises durant l'hiver, cela peut faire un manque à gagner au bout de la saison pour les mécaniques valaisannes de plusieurs centaines de milliers de francs. "Pour nous à Crans-Montana, note Michaël Gaberthuel, il sera intéressant de pouvoir chiffre cet impact." Avant d’entamer des discussions avec les médias et les fournisseurs de prévisions météorologiques pour essayer d’améliorer la situation.


Source de l'image: TSR - prévision du jour
Une version plus courte de ce texte paraît aujourd'hui également dans Hôtel+Tourisme Revue