Championnat spirituel
Par Danielle, dimanche 22 avril 2007 à 10:32 :: Divers :: #306 :: rss
Au Championnat suisse d’instruments de cuivre qui se déroulait le week-end dernier à Orsières, les trois premiers musiciens juniors couronnés venaient tous du même petit village valaisan de Chermignon d’en Haut! Un podium national entièrement orné de talents provenant d’un réservoir de 600 habitants! Cela mérite attention.
Il y a une trentaine d’années, la commune de Chermignon a fait l’objet d’une étude sociologique très approfondie. Le chercheur s’est intéressé à décrire un fonctionnement qui s’est mis en place au cours du XXe siècle et qui a marqué toute la réalité sociale et politique locale: l’opposition de deux clans de famille, qui ont trouvé le moyen efficace et original de se rallier derrière leur fanfare respective. Par souci d’identification, l’une arbore des instruments de cuivre blanc, tandis que l’autre affiche des instruments de cuivre jaune. Du coup, la lutte d’influence était ouverte entre les «blanc» et les «jaune». Force est de reconnaître que, par le passé, cette logique de clans n’a pas toujours favorisé la recherche du bien commun et qu’elle a pu entretenir de regrettables étroitesses. Mais les préjugés ont du mal à résister au temps qui passe et l’évolution générale force à l’ouverture et à la diversité. Il reste toutefois que, entre les fanfares en particulier, la concurrence peut constituer une saine émulation. Et voilà pour une bonne part l’explication à la récente razzia musicale menée par ces irréductibles Chermignonards.
Si je retiens ce fait, ce n’est pas d’abord sous l’angle culturel ou musical, mais plutôt d’un point de vue social et éducatif. De toute évidence, ces jeunes garçons ne décrochent pas de telles médailles sans un entraînement quotidien soutenu. En plus d’un talent personnel, ils mettent dans leurs priorités extrascolaires l’apprentissage de leur instrument. Ils s’astreignent à de nombreuses répétitions. La planète sport éduque à la même discipline, à la même régularité. Le résultat ne vient en général qu’avec patience et concentration. Certains individus échappent à un comportement éparpillé et stérile. Encadrés par des groupes porteurs, ils se construisent un chemin en toute discipline et fidélité.
En comparaison, je ne peux que me poser de profondes questions pour le domaine qui est le mien. Une éducation religieuse n’exigerait-elle pas une fidélité du même niveau? Or ce qui caractérise le religieux pour l’homme moderne, c’est qu’il n’est plus au centre et au sommet. Il est une dimension parmi d’autres. Dans un contexte extraordinairement éclaté, toute formation religieuse est rendue spécialement difficile. Certes, l’homme reste fondamentalement religieux, mais d’occasion en occasion, d’émotion en émotion. La conviction devient plurielle et changeante, peu construite et incommunicable. Du coup, je ne vois pas quel village ou quartier de ville pourrait prétendre fournir un podium complet de jeunes talents pour les championnats suisses d’exercices spirituels! Longtemps à l’avance, Jésus a perçu le challenge. Il nous prend à contre-pied en nous assurant que, dans l’ordre spirituel, les derniers seront les premiers! Rassurant…
Curé Jean-Pascal Genoud, Lens
S'abonner
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires sur ce blog sont modérés et peuvent être supprimés si les propos tenus devaient comporter un caractère diffamant.
Les commentaires pour ce billet sont fermés.