Loi sur le tourisme: logeurs à la caisse
Par Danielle, vendredi 4 mai 2007 à 17:51 :: Général :: #327 :: rss
Courrier de lecteur - C'est un hôtelier de Crans-Montana qui prend la plume pour donner son avis sur le projet de nouveau texte de loi sur le tourisme en Valais, alors que l'organisation faîtière des hôteliers tenait conférence de presse ce matin sur le même sujet. Voici le texte d'Amédée Duc:
Nous avions mis beaucoup d'espoir dans la nouvelle Loi sur le tourisme préparée, avec beaucoup de bon sens, de connaissance de la réalité des problèmes touristiques et de courage, par la commission conduite par le président de Lens, Monsieur Fernand Nanchen. Un dossier très bien ficelé et qui tient compte de toutes les données de l'environnement et économique d'une station moderne, qui doit se battre dans un contexte mondial pour tenir le coup.Malheureusement, sous la pression spécifique de certains intérêts économiques (qui sont pourtant les grands bénéficiaires du système actuel, ce ne sont pas les hôteliers qui gagnent de l'argent mais tout l'ensemble du système qui gravite autour de l'industrie de la construction, tant mieux), des modifications importantes dans le principe du financement, qui est l'estomac de la loi, ont été imposées par ces milieux. On revient à la taxe de séjour, les logeurs-hôteliers à la caisse.
Ces taxes proposées sont de 2 à 8 francs par nuitée, avec certaines prestations à des prix réduits incluses: piscine, golf, ski, patinoires, etc.
Rappelons que les clients retraités au-dessus de 60 ans représentent environ le 20% de la population. Clientèle fidèle et recherchée. Mais voilà, ces personnes n'ont plus toutes ces besoins et ne seront pas d'accord, avec raison, de payer pour les autres, et ne reviedront plus. Et qui décidera du montant de la taxe dans chaque station? Les conseils communaux, les assemblées dont la majorité des décideurs ne paient pas. Les hôteliers sont minoritaires dans toutes les stations. Faire supporter à une minorité les avantages financiers de la majorité est facile, mais pas très courageux. C'est juste l'inverse du soutien à l'hôtellerie, fer de lance théorique de nos autorités. La taxe de séjour, quel que soit son mode de perception, renchérit le prix de pension du client, ajoutée à la facture ou dans le tout compris. Et le coût? Les encaissements de la taxe de séjour et d'hébergement, à Crans-Montana, coûtent environ 350'000 francs. On maintient ce régime de paperasserie, sous lequel nous croulons depuis quelques années.
Vu l'importance du tourisme dans l'économie valaisanne, deux emplois sur trois sont concernés, pourquoi ne pas prendre dans le ménage cantonal?
Ainsi aurions-nous une administration allégée qui inviterait les hôteliers à continuer leur exploitation, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. La concurrence internationale est féroce: Thaïlande, Tunisie, tous ces pays à bas salaires et un minimum de couverture sociale. A Crans-Montana, quarante hôtels ont fermé leurs portes. A Majorque, 50'000 lits d'hôtels sont transformés en appartements. A Locarno et Lugano, une trentaine d'hôtels passeront à la trappe. Les temps sont durs pour l'hôtellerie.
Cette loi devra tenir compte de la réalité économique de ce canton et soutenir, par des déductions fiscales, les secteurs en difficulté.
Amédée Duc, hôtelier, Crans-Montana
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