Même avec son jeune âge, Marc Aymon, jeune artiste valaisan (ancien chanteur et guitariste de Mistral), possède déjà une bonne maturité artistique. Il répond à nos questions pour «Le Nouvelliste».

Artiste en Valais, c’est possible? On peut être artiste partout, on n’a pas besoin du Valais ni d'aucune région pour être artiste. Du moment que tu crées, que tu essaies de trouver ton identité, tu es un artiste. Le Valais c'est à double tranchant; c'est petit, donc familial, les gens te soutiennent, mais en même temps c'est très caché. Mais si la question c'est «est-ce possible de manger en étant artiste en Valais?», la réponse est non.

Avez-vous déjà pensé à partir de la Suisse pour avancer?

Bien sûr, c'est quelque chose qui se dessine. Je pense que si on est bien organisé on peut se lancer en France et avoir des personnes là-bas qui contactent les journalistes tout en restant en Valais. L'idée de partir c'est surtout l'idée de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Jusqu'à maintenant j'ai eu très très peur de ça, parce que je me sens peut-être pas encore prêt. Oui la question se pose et oui il va y avoir un mouvement vers la France et j'espère aussi vers la Belgique et le Québec

Quelles sont les difficultés rencontrées en tant qu'artiste valaisan?

Je pense que la difficulté c'est déjà de réussir à faire des concerts en dehors du Valais... Dans notre canton, la difficulté c'est comment est-ce que tu arrives à gérer le fait que les gens croient que tu es riche parce que tu passes dans les journaux. Vendre 3000 ou 4000 disques te permet juste de rembourser tes dettes. Pour vivre, il faut travailler à mi-temps. Financièrement la musique ne t’offr pas l’autonomie. Elle te permet de faire des rencontres, de te nourrir de douceur et de tendresse mais elle ne nourrit pas ton porte-monnaie.

Quel est selon vous le chemin à suivre pour percer dans la musique?

Il faut se laisser bercer, mais il faut forcer aussi un peu le destin, lancer des rêves, être là avec sa guitare, être passionné, avoir les yeux grands ouverts. L’élément indispensable c’est d’avoir envie, de faire des choix et de s’y tenir... Les artistes doivent montrer qu'ils ont envie et qu'ils méritent d'être soutenus. Etre musicien c’est jouer partout, dans la rue, les bistrots. Ne pas faire la fine bouche. Je pense qu'il faut avoir la chance d'être très bien entouré mais ça aussi ça se crée. Depuis la sortie de «l’Astronaute» je me suis rendu compte de la nécessité d'avoir une équipe, d'avoir aussi des personnes qui te protègent parce que tu ne peux pas écrire des chansons, trouver des concerts, t’occuper des musiciens, t’occuper du site internet. C'est comme une petite entreprise...

Avez-vous bénéficié de l'aide d'une association ou autre?

L'Etat du Valais m'a aidé comme la Loterie romande ou différentes institutions dans la création d’un spectacle, la sortie du disque. Mais plus encore que cette aide institutionnelle, il y a aussi surtout les gens, des mécènes qui t'aident, qui vont prendre ton disque et le faire écouter à plein de personnes qui vont essayer de te vendre des billets, qui vont en parler à des organisateurs... Je pense que j'ai été un des mecs le plus aidés au monde.

Pensez-vous qu'une vraie salle de concert permettrait aux jeunes artistes de se lancer en Valais?

J'espère qu'il y aura une salle de concert et que j'en serai le programmateur (rire). Il y a déjà des structures, le Totem, la Ferme-Asile, le théâtre de Valère, mais j'ai l'impression que les institutions ont peur, «mon Dieu on va construire une salle si possible bien planquée au fond pour que s’il y a du bruit ça ne dérange personne». C'est un peu ça qui pourrait se passer. Faire une salle c’est très bien, mais l’important est de savoir ce que l’on va en faire. Ne devrait-on pas investir des lieux déjà existants et se concentrer sur la musique plutôt que de réfléchir à l’architecture d’un bâtiment?

Avez-vous déjà soutenu des jeunes artistes valaisans?

On essaie de soutenir quand il y a un organisateur qui appelle et qui te demande à quel autre groupe tu penses. Il y a des groupes comme Linch’en que j’aime bien. Je suis aussi toujours demandeur de collaboration, j’essaie de nouvelles choses.
Ness m’a fait écouter ses maquettes, et m’a réconcilié avec le rap. Fait comme ça c’est la plus belle musique du monde. C’est en collaborant que l’on essaie de se soutenir.

CHARLOTTE, journaliste d’un jour pour Le Nouvelliste (Lycée-collège des Creusets, Sion)

 

Marc Aymon avec ses musiciens, en concert à Ayent le 25 mai puis le 22 juin à Lens (dans le cadre du 75e anniversaire du HC Lens ; il y aura aussi « K » et Thierry Romanens)

www.marcaymon.com