L’association que vous venez de créer avec deux architectes valaisans veut lancer une réflexion sur le développement immobilier effréné en montagne. Quel danger aimeriez-vous prévenir en priorité?
Le principal danger est une atteinte, que l’on peut qualifier d’irréversible, à la substance même du tourisme, à savoir les paysages qui font toute la valeur des Alpes.

Cette problématique du développement concerne beaucoup d’acteurs. Lesquels sont les plus concernés?
Nos premiers interlocuteurs pour réfléchir sur des solutions ce sont les milieux touristiques. Suivent les milieux environnementaux et ceux de la construction.  Quant au destinataire du message, ce sont les politiciens. L’objectif d’Altitude 1400 est d’élaborer une réflexion, que j’appelle «partagée», qui se concrétiserait par des mesures destinées à des stations de montagne à la recherche de solutions concrètes de qualité.

A quels intervenants touristiques pensez en particulier?
Je pense principalement aux organes faîtiers, Valais Tourisme en l’occurrence. Il y a quatre ans, cette association avait publié une pensée prospective sur la politique du tourisme valaisan qui, à mon avis, était exemplaire. L’idée serait donc de collaborer avec cette structure faîtière afin d’avoir un regard global et cohérent qui s’inscrirait dans des éléments existants, car il ne s’agit pas de tout réinventer.

Quelles pistes le Valais devrait-il suivre pour maîtriser le boom immobilier?
Nous avons le sentiment qu’il manque des instruments pour gérer l’urbanisation du territoire. Il y a  des lois qui imposent des plans de zone et, à l’autre bout de la chaîne,  des procédures de demandes de construire. Entre ces deux stades, il manque un  instrument important: le plan directeur d’urbanisation. Ces plans, qui  commencent à être utilisés dans les villes de plaine,  aident, en effet,  les collectivités publiques à gérer l’urbanisation de leur sol. Nous suggérons  donc de les transposer dans  les villes de montagne et d’y intégrer la particularité alpine avec l’aide des milieux touristiques, notamment.

Pensez-vous être suivis sur ce terrain par les milieux concernés?
C’est la question que nous nous posons aussi. Altitude 1400 est au début de sa démarche. Le premier acte de notre association a été de mettre sur pied des expositions et des conférences destinées notamment aux politiciens et aux présidents de sociétés de développement. Répondront-ils à notre invitation? Nous pourrons le dire dans quelques jours seulement.

Ce «mois de réflexion», qui prendra fin  dans une semaine par une table ronde, a été lancé le 4 octobre. Avez-vous déjà recueilli des réactions?
Nous avons été ravis de constater que notre action avait eu un très bon écho dans la presse, preuve que la  question est d’actualité. Nous avons aussi eu une bonne fréquentation au vernissage des expositions et aux trois conférences de la semaine dernière. Les réactions devraient être plus concrètes cet hiver lorsque nous produirons une synthèse de cette réflexion car elle soutiendra certaines visions ou se mettra en opposition avec d’autres.

Ce problème de développement immobilier a-t-il le même caractère d’acuité ailleurs en Suisse?
C’est possible. Ce qu’il faut cependant savoir c’est que le Valais romand est directement concerné par ce constat d’échec qui a poussé à la mise en place d’un moratoire. Le Haut-Valais, qui  a depuis plus de vingt ans une vision où prévaut le respect du patrimoine et le soutien à l’hôtellerie, est beaucoup moins touché. Les limites que les décideurs considèrent comme inacceptables n’y ont pas été franchies.

  • Propos recueillis par Miroslaw Halaba, dans le cahier français de htr hotel revue