Des chercheurs de la HES-SO estiment à 5,8 millions de francs le manque à gagner des remontées mécaniques valaisannes l’hiver dernier, en raison de prévisions météo inexactes. Et ce chiffre ne tient pas compte des restaurants d’altitude ni des autres prestataires. Toutefois, Marut Doctor et ses collègues ne tirent pas à boulet rouge sur les prévisionnistes: plus de 4 fois sur 5, les prévisions de MétéoSuisse sont exactes. Mais en un week-end de février, Téléverbier par exemple encaisse plus que durant tout un été. Si un temps médiocre est annoncé et que le soleil brille finalement, on imagine facilement les conséquences. L'étude signale même qu'au contraire de Verbier, Crans-Montana et le Lötschental, les Portes-du-Soleil ont tiré profit des erreurs de prévisions.

Influence sur la carte journalière

Du sondage auprès des skieurs, il ressort que la TSR et la DRS sont les sources principales d'information. Toutefois, les prévisions du temps n’interviennent qu’en 4e position dans la décision d’aller skier, les conditions de neige et le le temps qu'il fait étant prioritaires. La moitié des sondés s'informent le matin même, un tiers la veille. Ce sont donc surtout les forfaits journaliers qui sont "touchés" par une prévision trop pessimiste. "Or, note EricBalet, directeur de Téléverbier, le cinquième de notre clientèle achète une carte journalière..."

Les touristes interrogés disent avoir le sentiment que les prévisions sont bonnes, comme les informations sur les conditions de neige. "Il nous faut insister plus encore sur l'état de nos pistes", relève Jacques Nantermod, directeur de Télémorgins. Les stations, on l'a vu, investissent fortement dans l'enneigement mécanique, assurant de bonnes conditions de ski en altitude. Les stations devront le rappeler régulièrement, jusqu'à ce que le touriste intègre le fait que ce qu'il voit par la fenêtre ne présage en rien des conditions de ski. "Et n'oublions pas qu'il y a en Valais en moyenne 300 jours de beau temps, note Vincent Bornet de Valais Tourisme. Les touristes ont donc 80% de chance d'avoir du soleil!"

Verbier mise sur une webTV

Dès cet hiver, Verbier va étroitement collaborer avec l’institut sédunois Météorisk, proposant des "podcasts" quotidiens, visibles sur son site internet. "C'est à nous de prendre notre destin en main", note le directeur de Téléverbier qui conçoit bien qu'une météo au niveau nationale ne peut communiquer toutes les particularités locales. "Les webcams ne sont pas suffisantes. Nous aurons, dès le début de l'hiver, un web TV sur notre site, avec des prévisions météorologiques spécifiques pour Verbier; nous communiquerons des informations sur l'état de la neige, les risques d'avalanche. Nous travaillerons avec une télévision locale genevoise. Tous les jours nous allons effectuer des images du domaine skiable et, dès 16-17 heures, nous pourrons proposer un bulletin météo."

Plus la chaîne d’information est longue depuis la prévision du météorologue jusqu’au client, plus le message peut être mal interprété. Marut Doctor a pu démontrer que l’interprétation faite par le téléspectateur ne correspond pas forcément à ce que les prévisionnistes annoncent. Il faut maintenant réussir à créer une habitude auprès du public pour qu'il consulte systématiquement les sources d’informations localisées, avant de décider de ses loisirs: le 53% des personnes sondées par Marut Doctor avouent déjà s'informer via l'internet, surtout sur le site de MétéoSuisse. Téléverbier voit passer plus d'un million de visiteurs par hiver sur son site internet, un bon début.


Météorisk tisse un réseau avec les gardiens de cabanes.

Selon Marut Doctor, auteur de l’étude Prévimétéo, "MétéoSuisse va lancer un nouveau modèle de prévision avec un maillage plus fin." Une nouvelle bien accueillie par les milieux touristiques. Verbier, par exemple, ne dispose pas de station météo: la plus proche est à Evolène. "C'est absurde", note Eric Balet qui souligne la particularité climatique de la station bagnarde. Bien sûr les milieux touristiques souhaitent que MétéoSuisse se donne les moyens d'améliorer ses prévisions, mais des initiatives permettant des prévisions plus localisées sont indispensables. L'expérience menée cet été dans le Valais romand avec un réseau de gardiens de cabanes a permis d’énoncer des prévisions très fines. De juillet à septembre, plus de 11000 données au total ont été collectées en altitude et transmises à Météorisk et mises en ligne le matin entre 9 h et 10 h 30. Ces informations ont décrit les conditions réelles en montagne, 7 jours sur 7. L'expérience - soutenue notamment par Valais Tourisme - sera renouvellée en hiver. "Nous avons la volonté de développer ce système sur le Haut-Valais, annonce Vincent Bornet. Nous voulons aussi permettre à MétéoSuisse d'accéder aux relevés des gardiens de cabanes."

Signalons que Crans-Montana a le projet d'utiliser un canal TV pour diffuser des informations, mais que celui-ci ne sera pas prêt pour cet hiver, contrairement à ce que nous avions annoncé dans Sixième Dimension d'octobre.


Article rédigé pour hotel revue et publié aujourd'hui dans le Cahier français de l'hebdomadaire des hôteliers suisses.