Fernand Nanchen, vous avez vécu la naissance de l’Association descommunes de Crans-Montana. Quel avenir lui voyez-vous?
L’Association des communes finira par une fusion. Il ne sera en aucune manière possible de faire autrement, et ce si l’on veut vraiment rester concurrentiel.

Vous croyez vraiment à cette fusion?
Il faut qu’on m’explique la différence fondamentale qu’il y a entre les gens de l’est et de l’ouest du Haut-Plateau. Nous vivons tous du tourisme. Il ne faut pas se chicaner entre nous, mais plutôt nous unir pour être plus forts.

A quel horizon voyez-vous cette fusion?
Cela dépend de l’envie des politiciens et de leur volonté de prendre des risques.

En avez-vous pris en créant l’Association des communes?
Nous avions des craintes de ne pas être compris par la population. Au final, nous avons été devancés par la population! Elle a soutenu l’association à 75%. Ce soutien est aussi venu des habitants des villages que l’on croyait opposés à la station, mais qui ne le sont pas en réalité. Ils ont bien compris que nous dépendons tous du tourisme.

Avec le recul, est-ce que le Règlement des quotas et des constructions (RQC) était une bonne idée?
En Valais, notre bien le plus précieux, c’est notre patrimoine. Lorsqu’il y a surchauffe dans la construction, on perd ce bien. Avant l’introduction du RQC, on donnait des avantages à une petite partie de la population, puisque lors de la vente d’une résidence secondaire, seul le vendeur était gagnant. Les communes n’en retiraient pas les moyens nécessaires pour répondre aux besoins du tourisme. Le RQC a permis de pérenniser notre patrimoine, les places de travail, mais aussi l’avenir des entreprises locales.

Vous avez été le premier président radical de la commune de Lens. Qu’est-ce qui a changé?
Comme le disait un autre président de commune, en changeant de couleur politique au Conseil, la couleur du goudron qui est posé sur nos routes ne change pas! La politique n’a pas beaucoup changé parce que le président est radical. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de jouer à faire de la politique politicienne. Il faut se rendre compte que ce n’est pas au moment de prendre une décision que l’on gagne, parce qu’on a réussi à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. C’est l’avenir qui dira si l’on a vraiment gagné. C’est ce que l’on a réalisé qui fait de nous des vainqueurs et non pas le résultat d’une élection ou d’un vote.

Quelle est votre recette pour gérer une commune?
J’ai toujours considéré la commune comme une entreprise. Ici, chaque conseiller est responsable de son dicastère. Ce sont eux qui déposent les dossiers lorsqu’ils sont prêts. Ce sont eux qui fixent les points qui doivent figurer à l’ordre du jour. L’administration a également la possibilité de demander qu’un objet soit au programme d’une séance du Conseil. En d’autres termes, l’opérationnel peut demander aux politiques de se déterminer sur un objet. C’est de cette manière que l’on fait avancer les dossiers.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé durant votre carrière politique?
Ma grande chance a été de découvrir ce que sont les humains. Parfois, on est déçu… mais je fais partie de cette race humaine… donc je sais que je suis aussi capable de décevoir. C’est fou d’ailleurs comme on peut se ressembler dans la médiocrité!

On vous sent encore plein d’énergie et toujours passionné par votre fonction de président. Pourquoi arrêter maintenant?
Il faut arrêter lorsque l’on a encore envie de faire quelque chose. Il faut éviter de tomber dans la lassitude. Et puis, il y a un monde en dehors de la politique. J’aimerais bien le connaître, même si je ne suis pas sûr que j’y arriverai… Ma première fille a 32 ans. Depuis qu’elle a vu le jour, elle a toujours eu un papa exerçant un mandat politique. Je dois aussi dire qu’un vieux briscard de la politique qui reste en place empêche l’émergence des vocations. Il faut donc laisser des places libres. Nous avons besoin de jeunes qui s’engagent.

Des propos recueillis par Jean-Yves Gabbud, dans Le Nouvelliste