Liés par une longue amitié, partageant le même monde musical et le même goût pour la mélodie, Thierry Lang et Moncef Genoud monteront ensemble sur la scène du Régent à Crans-Montana pour «une conversation chaleureuse et détendue», selon Thierry Lang. Un joli événement musical de la planète jazz, à mettre au crédit des Semaines musicales. Les deux pianistes n'ont donné qu'un seul récital ensemble précédemment, à la ferme du viticulteur Nicolas Bohnet à Genève, en août dernier. D'heureux auspices qui leur ont donné envie d'autres concerts.

Moncef Genoud, pourquoi ce duo?

Thierry et moi partageons les mêmes goûts et la même orientation musicale, nous aimons les mêmes pianistes, le même son d'enregistrement. On échange des trucs, bref, on s'entend très bien. De là est née notre envie de jouer ensemble, et de lancer un projet de disque. Avant le concert, on se met d'accord sur les couleurs, mais ensuite tout reste très libre, ça se joue sur l'écoute et l'improvisation. Pour le Régent, nous allons mélanger ses compositions et les miennes, et ajouter quelques standards de jazz.

Pourquoi choisir le Valais pour cette première?

J'ai des racines valaisannes par adoption, je suis originaire de Bourg-Saint-Pierre et de Genève Meynier! Je me sens bien en Valais, j'ai le projet de m'installer à mi-temps à Chermignon. J'ai besoin de calme et de retraite pour composer et jouer de la musique. D'autre part, nous avons ici des amis fantastiques, nous rencontrons tous les jours des gens souriants et conviviaux. C'est toute une ambiance qui fait du bien et qui est fructueuse artistiquement parlant. Chermignon m'a inspiré une pièce que je jouerai avec Thierry.

Vous enseignez dans un collège, vous composez, vous enregistrez des disques, vous allez jouer au Cully Jazz. Laquelle de ces activités est la plus importante pour un musicien de jazz?

Sans hésiter, les concerts et les festivals. Les disques viennent bien après. C'est en concert qu'on reçoit les émotions les plus profondes. La musique est faite pour être partagée, je ne me verrais pas comme musicien de studio à composer des jingles. Le disque est important pour laisser une trace physique au public après un concert, mais les ventes de jazz en magasin sont catastrophiques. Pour gagner sa vie, il faut des concerts, des festivals, des tournées et des droits d'auteur. Je pense au film «Retour à Gorée» pour lequel j'ai arrangé la musique de Youssou N'Dour et composé deux chansons.

Et l'enseigement?

J'aime le contact avec les élèves du collège, les bonnes classes ne sont que du bénéfice, le partage fait évoluer. En classe, j'oublie le temps.

En janvier, vous avez donné une série de concerts dans un club new-yorkais. C'est important cette visibilité aux USA?

Oui, très important pour la promotion de ma musique. J'ai deux agents là-bas et mon dernier disque est sorti sous un label américain, Savoy Jazz.

Un non-voyant a-t-il une autre manière d'aborder la musique?

Evidemment, l'accès à la musique se fait par l'oreille et non par la lecture. J'ai tout appris depuis le disque. L'oreille se forme en écoutant et en prenant des informations sonores partout. La partition peut paralyser un muscien ou conduire à une musique moins émotive, plus intellectuelle et analytique. Alors que si tu écoutes, tu apprends par la tradition orale.

Le jazz c'est ça?

Pour moi, c'est ça. Beaucoup de merveilleux musiciens ont une formation très scolaire. Autrefois, les musiciens devaient se débrouiller par eux-mêmes, ils avaient plus de choses à dire et plus de culture.

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir musicien?

A 15 ans. Tout petit, j'étais attiré par le gospel, les negros spirituals, le blues. Adolescents, on écoutait Genesis, Supertramp... Mais j'étais vraiment attiré par le jazz, ce qui n'est pas courant chez les ados européens qui préfèrent le beat au swing. Les choses sont très différentes aux USA où le jazz fait partie de la culture des jeunes.

Comment avez-vous eu accès à cette culture-là?

Par mon père. Il m'a ouvert le chemin du jazz, il m'a initié à ce qu'il aimait. Ensuite, je me suis forgé ma propre opinion.

Comment vous imaginez-vous dans dix ans?

Plus de concerts dans le monde, gagner mieux ma vie avec le concert, partager ma musique avec d'autres musiciens, jouer avec qui je veux, partir en tournée depuis le Valais et avoir mon propre studio d'enregistrement à Chermignon. Voilà ce que je vois.


FAUT-IL ENCORE PRÉSENTER THIERRY LANG?

Faut-il encore présenter Thierry Lang, pianiste et compositeur de jazz installé à Ollon (VD)? Il a joué avec un nombre incalculable de musiciens de la planète jazz, a été le premier musicien suisse à enregistrer sous le mythique label Blue Note, cartonne au Japon où il a gagné le prix du meilleur disque de jazz en 1995. Il n’est pas non plus un inconnu sur les scènes valaisannes, où il a joué dans diverses formations à Valère avec le trompettiste sarde Paolo Fresu, au Crochetan ou à la belle Usine. Grâce à son réseau d’amitié, Lang avait pu gérer plusieurs éditions d’un festival de jazz de beau niveau dans le village d’Ollon. L’épopée s’est terminée en 2004. La même année où il reçevait le prix culturel du canton de Vaud doté de 100000 francs, coup d’envoi d’une nouvelle aventure, un studio d’enregistrement à Ollon et entreprend à son tour de promouvoir les jeunes musiciens talentueux. Son propre label sera lancé en juin via l’internet. On reparlera de Thierry Lang d’ici là puisqu’il prépare la sortie de nouveaux albums dont le deuxième volume de «Lyoba».



Par Véronique Ribordy, in Le Nouvelliste